Odomo

(à Tarouk)

Je me penche sur la nuit, j’ai l’impression qu’elle me regarde.

Je me penche sur la tombe, j’ai la certitude qu’elle me dévisage.

Je me dirige vers le temps, j’ai le sentiment que je suis sa proie.

Je suis si peu et tout à la fois. Si seulement tout cela existait comme blessure.

Je suis indécis. Je suis incertain. Je vacille, je manque. Un désert de manque.

Un océan de désolation.

Je suis une création inhabitée. Je suis une vacuité, tout est plat. Tout a été toujours plat.

Cours, Odomo…, cours, Omodo…, Mondolo…, cours et n’oublie pas de rêver.

On nomme les choses même les plus subtiles, imperceptibles,

pourtant rien ne prouve qu’elles existent, qu’elles sont utiles.

Je m’émeus d’avoir aimé. Qui ai-je aimé, avais-je aimé, et quoi, et qui ?

Nous contaminons les choses au point même qu’elles nous paraissent suffisantes et utiles, pareilles à nous-même.

Je me demande si j’ai une forme, une figure, peut-être rien qu’une illusion sans origine.

Je n’ai pas été tout simplement tout ce que je voulais être.

Je fus et je suis un fourré d’incohérence.

N’arrive jamais à remplir mon existence, et encore, elle ruse avec moi.

Elle échoue, mais elle ruse.

Au-dedans, au-dehors, elle ruse, et moi comme un enfant hébété et fatigué,

je me surprends à être surpris.

Cours, Odomo…, cours, Omodo…, Mondolo…, cours et n’oublie pas de rêver.

Ma naïveté m’achèvera. J’ai essayé d’être, je m’y suis efforcé, je n’y suis pas arrivé.

Ne fût-ce qu’une corde à laquelle je me serais pendu.

Je me suis efforcé d’être l’eau du puit, ainsi j’aurais été le refuge pour m’abriter.

J’ai échoué, on m’a bu.

Dans cet espace entre mes bras, l’inétreignable.

Un instant encore, Odomo…, danser…, tourner…, respirer…, sourire et se taire. De tout cela ne restera, Omodo, que quelques poignés de poussière.

Cours, Odomo…, cours, Omodo…, Mondolo…, cours et n’oublie pas de rêver.

Texte de Tarek Essaker