Déraciné, aucune race me rattrape, me dérape
dans les souvenirs d’une origine, je m’aligne jamais
dans aucune image je me cache et je crache sur les guides
les nouveaux Führer du bonheur et sans peur j’affronte
ce que l’histoire a fait de moi : un poids, un atome, une solitude
ancrée sans mon être qui fait naître la haine, le désir
de ne pas en rester là, de pas rester là, satisfait
c’est un fait, tu le sais, je m’en vais, à chaque fois à peine arrivé
je reprend ma route, ma déroute
mon chemin d’immigré, mon destin dénigré
Ma souffrance n’est pas un cas d’étude dans les rudes
certitude de la guerre qu’on nous fait faire
ma maladie est la votre, la gangrène du système
de cette utopie de la technique magnifié, ma folie
n’est pas à soigner, à apprivoiser
car elle est une insulte inculte au faux-culte
de la normalité limitée à soi, à ce qu’on est déjà
Je suis un homme de couleur et avec les miens
mes frères et sœurs de douleur de pleur nous sommes
les descendants des sauvages enfermés dans les camps, les ghettos
civilisés par les bourreaux, derrière les barreaux
des missions de travail, de lavage de cerveau
colonisés par les soldats du progrès de l’histoire fraudée
C’est une trace de sang qui mène à l’homme blanc
animal domestique, reflet aseptique
pages blanche sur laquelle jamais se posera
un acte poétique, je m’explique :
je suis un enfant de la nuit assourdi par le bruit
brûlé par la lumière de l’interrogatoire
annulé, un bâtard, je porte en moi
les paysages des barbares, le message des sages du parloir
mon chant annule le temps, il n’appartient à rien
à aucune nation
il vient du cri, de l’amour, du vent
de la respiration, ta transpiration
des joies et souffrances, des richesses immenses
éliminées, effacées par la persécution du sens
Mon chant, même mille fois oublié
même mille fois humilié
encore il renaît